Il y a quelques jours, mes bagages étaient prêts, le programme de mon prochain séminaire était alléchant, et mon enthousiasme réel. Et puis, le matin du départ, en regardant distraitement mon téléphone je lis que mon train est annulé. Gloups !Mon premier réflexe fut bien sûr de chercher une solution — recalculer, trouver un autre chemin. Comme nous le faisons tous, en dirigeants efficaces. Et pourtant, quelque chose d’autre s’est invité en moi. Un autre voie inattendu. Une voix, tranquille et nette : Tu es attendu ailleurs.
L’imprévu comme signal
Dans nos vies de dirigeants, d’entrepreneurs, l’imprévu est souvent vécu comme un obstacle à traiter, une anomalie à corriger au plus vite. Nous sommes entraînés à la maîtrise, à l’anticipation, à la performance. Mais que se passe-t-il quand on s’arrête une seconde — juste une — et qu’on écoute ce que l’imprévu porte comme message ? Ce jour-là, j’ai traversé toutes les étapes classiques : le déni (ce n’est pas possible), la négociation (et si je prenais plusieurs petits trains ?), la déception, la culpabilité vis-à-vis de ceux qui m’attendaient. Et la colère, aussi, bien sûr.
Puis j’ai choisi de marcher trois heures avec mon mari sur un chemin que je ne connaissais pas. Je me suis calmée, j’ai accepté. Et c’est là que quelque chose s’est retourné, apaisé
De l’imprévu à l’in-attendu
En langage des oiseaux — ce langage symbolique qui dit plusieurs choses à la fois — l’inattendu peut se lire autrement : l’in-attendu, ce qui était attendu de l’intérieur, ce que l’âme savait déjà. Le coaching subtil®, c’est précisément cet apprentissage : apprendre à collaborer avec cette intelligence plus vaste que notre agenda — qu’on l’appelle intuition, âme, vivant, ou simplement ce que l’on sait sans savoir qu’on le sait. Cela ne signifie pas tout subir passivement. Cela signifie traverser l’imprévu avec conscience : accueillir d’abord, sans figer ni fuir. Accepter ensuite, sans se résigner. Puis transformer — en retournant à ce premier signal, à cette voix, pour lui demander : vers quoi, maintenant ?
Ce que l’imprévu m’a rendu
Ce week-end manqué m’a offert du temps pour écrire, une conversation essentielle avec mon fils, une balade inattendue, et le sentiment d’être exactement là où j’avais à être. Conduire sa vie avec le subtil, c’est faire confiance au-delà des prévisions. C’est accepter que notre âme ait parfois une longueur d’avance sur notre agenda. C’est s’autoriser à entendre — même brièvement, même maladroitement — cette voix tranquille qui sait. C’est apprendre à la reconnaître.
Les dirigeants que j’accompagne me disent souvent qu’ils ont “une intuition” mais qu’ils ne savent pas quoi en faire. Intuition vient du latin — intueri : « regarder en », « contempler » — composé de in- (vers l’intérieur) et tueri (regarder, veiller, protéger) : “regarder en”, “contempler”. Ce que nous portons au-dedans, présent et maintenant, n’est pas une idée venue d’ailleurs — c’est quelque chose qui existe déjà en soi, et qui attend d’être en-tendu : dans la douceur, dans l’attention, dans cet espace intérieur où l’on accepte enfin de se rendre disponible à ce que l’on sait déjà.
Voilà peut-être par où commencer, simplement. La prochaine fois que l’imprévu surgit, avant de recalculer — posez-vous une seconde et demandez-vous : et si j’étais attendu ailleurs ? Le langage du subtil se reconnaît à sa fulgurante simplicité. Nous avons juste à l’accueillir, puis laisser son message diffuser en nous. Les réponses s’invitent ensuite, une à une.
La paix est le second signe.
Anne Finot
